GOLF : Le sens du jeu
Quand on observe un golfeur en action sur un parcours, que voit-on?
Un être humain, apparemment normal, qui tape des balles dans l’herbe en essayant de l’amener dans un trou d’un diamètre de 108 mm, puis dans un autre, et ainsi de suite pendant 18 trous. Il passe ainsi plusieurs heures et un certain nombre d’années à produire des trajectoires de longueur et de hauteur variables. On le voit marcher sur des kilomètres à la recherche d’un petit objet alvéolé, sphérique et blanc. Parfois, on l’entend grogner, jurer. Le voilà un peu plus tard en train de jeter furieusement son club au sol. A un autre moment, on pourra le voir brandir son poing serré tout en se prodiguant des encouragements musclés. Un extraterrestre débarquant sur un parcours de golf serait pour le moins intrigué par cet ensemble de comportements et pourrait se poser des questions sur les êtres vivants peuplant cette planète.
Il est vrai que toute cette activité industrieuse qui tourne autour de la petite balle blanche peut parfois paraître absurde, inutile et vide de sens.
Si le but du golf était juste de mettre la balle dans un trou, il serait beaucoup plus rapide, plus pratique et plus simple de placer les départs à quelques centimètres des trous. Il suffirait de 18 coups pour boucler un parcours. Imaginez 18 trous en 1 et à l’arrivée une carte de score de 18. La perfection absolue et le comble de l’ineptie.
Si les architectes qui dessinent les parcours mettent autant d’ingéniosité à créer les obstacles les plus divers entre le départ et le trou, à implanter des pièces d’eau, des bunkers, à façonner des fairways étroits comme des corridors et à imaginer des fausses perspectives, des pentes et des contre-pentes, c’est que le véritable sens du golf réside précisément dans ses obstacles. Pester contre eux est le signe évident d’une incompréhension totale de la nature profonde de ce sport.
Qu’est ce que le golf ? C’est un objectif global : réaliser une carte de score la plus basse possible. Pour y arriver, 18 sous-objectifs : amener la balle du départ jusqu’au trou en jouant le moins de coups possible, et cela pendant 18 trous. Sur le chemin de chacun de ces sous-objectifs se trouvent les fameux obstacles extérieurs qu’il faut surmonter tout en triomphant d’autres obstacles, intérieurs ceux-là, qui ont pour noms : frustration, doute, découragement, énervement, déconcentration, etc...
Le véritable enjeu du golf, son sens profond, est donc d’arriver à développer une maîtrise de soi toujours plus grande dans la quête d’un idéal semé d’embûches.
Ne serait-ce pas là une métaphore de la vie ? Que faisons-nous tout au long de notre parcours vital sinon courir après des buts et des rêves que l’architecte suprême s’est ingénié à rendre difficilement accessibles ?
Au-delà des considérations sportives de performance, de prestige ou d’argent, le golf apparaît pour tout pratiquant comme une formidable invitation à se connaître soi-même et à développer les qualités intérieures de courage, de persévérance et de lucidité indispensables sur le grand parcours de l’existence.
Antoni Girod